Il y a une semaine, j’ai pris le train.

Et depuis un moment, une idée un peu folle me tourne dans la tête : je pourrais parler à de nouvelles personnes tous les jours si seulement j’avais le courage de faire le premier pas.

Mon objectif final : le métro parisien. Endroit rempli de méfiance et de regards en coins.

Mais j’aime les petits pas et il faut bien commencer quelque part alors quoi de mieux qu’un trajet en TGV. C’est vrai, on est assis pendant des heures à côté d’une personne alors quoi de plus normal que de discuter un peu au début du trajet.

Ah non, en fait, je n’ai rien dit, ça ne m’a pas l’air normal du tout de le faire. Il n’y a qu’à regarder autour de nous, les seules personnes qui ont le droit de communiquer sont celles qui se connaissent avant d’entrer dans le train. Sinon : interdit. 

D’ailleurs le plus drôle est le regard des autres passagers quand j’ai discuté avec ce professeur de sociologie. Tout le monde écoute les conversation des sièges d’à côté. Au début, je sens dans le jeune homme de l’autre côté de l’allé comme une crispation.

Il y a un bug dans son cerveau. Deux personnes sont entrain de parler, mais vu ce qu’elles sont en train de se dire, elles n’ont pas l’air de se connaître. C’est tout juste s’il n’y avait pas de la fumée qui sortait de ses oreilles pour trouver une réponse à ce paradoxe.

Mon voisin

Bon, assez de mise en contexte, venons en à mon voisin, un professeur de sociologie à Sciences-po Rennes qui était venu faire des recherches à Paris.

Ce jour là, je suis arrivé en avance pour prendre le train. Je n’avais aucune envie de le louper, ça faisait un moment que je n’étais pas rentré chez mes parents.

Je m’assois donc le premier et mon voisin arrive peu après.

Je n’avais pas prévu de discuter avec mon voisin à l’avance.

J’avais procrastiné avec bonne conscience en me disant que je commencerai en janvier 2019.

Mais en jetant un regard en coin d’une discrétion dont seul les habitués du voyage en train connaissent le secret, je vois une grosse pile de dossiers avec en en tête : CAIRN.

Je connais ce sigle. Je ne sais pas ce qu’il veut dire, mais il me semble qu’il vient d’une grande bibliothèque en ligne accessible par les universitaires contenant une multitude de livre et d’articles de recherche.

Au moment où je commence à me poser des questions sur cet inconnu, je me rappelle l’idée de mon défi : parler à des inconnus dans le métro.

En faisant une petite analyse de la situation, je me rends compte que c’est la configuration idéale pour un débutant.

Mon voisin vient de s’installer, on est dans un TGV, endroit où les gens se sentent beaucoup plus à l’aise que le métro et je m’apprête à parler à un homme qui a la cinquantaine. Autrement dit, il n’a rien à craindre et devrait avoir l’esprit un peu tordu pour penser que je vais chercher à l’arnaquer, l’agresser ou je ne sais quelle autre manœuvre malveillante.

C’est tout l’inverse de la jeune femme dans le métro qui est sur ses gardes et a peur qu’un “relou” vienne l’importuner.

Bref, malgré la “facilité” de l’exercice j’étais très fier de moi en sortant du train. J’ai discuté avec un inconnu qui m’a appris des choses. Il se trouve qu’il étudie les soixante-huitards et leurs engagements après ces événements. Il s’intéresse particulièrement à l’influence qu’un engagement social si fort peut avoir sur les trajectoires de vie des personnes.

On a également discuté d’une étude réalisée par un de ses homologues américain qui a conduit le même type de recherche en s’intéressant aux jeunes américains du nord des Etats-Unis qui partaient manifester pour les “civil rights” dans le Sud.

J’ai beaucoup appris et je remercie mon voisin de m’avoir apporté cette conversation délicieuse.