On est dimanche 22 septembre, ça fait 3 jours que je suis rentré. J’ai mal à la tête, je sens comme des tourbillons, et quand je pose ma main sur mon front… Il me semble plus chaud que d’habitude. En plus, je ne dors pas très bien, je me sens étouffé, mon nez se bouche et mon corps préfère respirer à dormir. 

Pourtant, mes yeux se ferment toute la journée, le temps n’avance pas. J’ai l’impression que l’horloge s’arrête chaque seconde comme si elle faisait un faux départ qui allongeait la distance entre les pas de la trotteuse. Je suis cloué à ma chaise, mon regard alterne entre la série sur l’écran et ce qu’on ne peut plus vraiment appeler une liste de tâches mais plutôt un livre de tâches.

J’ai un plan précis, je sais exactement ce que je dois faire. Ce plan, je l’ai créé ligne par ligne la semaine dernière grâce à une ambiance bien particulière. C’était un moment où tout semblait facile et léger. 

J’allais conquérir le monde, inspirer la planète entière. Je me sentais comme une rock star. Et me voilà tombé bien bas… Comme une rock star dans ses jours les moins glorieux… Ce n’est pas vraiment ce que j’envisageais.

Donc je me pardonne. Je me dis que ça ira mieux demain et que je commencerai à ce moment-là. Et de demain en demain, ça fait déjà 3j que je suis rentré. Mais bon, je me suis promis que demain, cette fois, j’allais me lever, enfiler mon costume et me mettre au travail.

On arrive au lundi matin. 9h, je me lève. Je n’ai jamais trop aimé ce concept de miracle morning. Ça ne me convient pas. Se lever à l’heure qu’on veut, c’est le début de la richesse. Je me sens comme un roi. 

Douche, journal, étirements, il est 10h.

C’est une heure bien tardive pour commencer une journée… Mais je fonce. Les heures passent. J’écris, je coache, je réfléchis, je prends du temps pour moi et top c’est la fin de journée.

Waouh. Je sens une bouffée de chaleur et d’énergie qui me traverse le corps. J’ai fait tout ce qui était prévu. Mais bon, cette sensation est bien vite passée. Le propre d’un entrepreneur c’est d’avoir faim. 

Je suis embarqué sur un chemin tellement long que chaque pas semble minuscule. Le pas d’aujourd’hui ne fait pas exception. C’est sous cette sensation de petite fourmi un peu satisfaite quand même que je planifie mardi.

Et puis ensuite, les jours s’enchainent, je fais des rencontres, du sport, je coache, je prends mon temps. Et nous voilà déjà vendredi soir. Toute personne normalement constituée m’aurait dit. « Bravo Lucien, c’est bien tu as fini ta semaine. »

Mais ?

Pourquoi siffler la fin de la partie alors qu’il me reste 2 jours entiers ?

Et oui, une semaine, c’est 7 jours. Et depuis dimanche dernier, je me suis vraiment bien amusé. 

Un peu comme un enfant qui rentre de l’école. Et je ne choisis pas cette métaphore au hasard puis ce que c’est précisément le thème de cette année, quitter l’école. Je n’y suis plus. J’ai le cœur semi-léger. Léger d’une part de ne plus passer un temps titanesque sur une pauvre chaise en bois devant un tableau à craie. Semi d’autre part pour toute l’incertitude que ça engendre.

Je ne rends de comptes à personne, sauf au plus dur des patrons. Il peut me faire rester au boulot après les horaires, m’infliger des punitions, m’empêcher de dormir, me dire d’arrêter de penser aux filles et de me concentrer. C’est le seul patron que je ne pourrais jamais envoyer aux prud’hommes. Mais c’est aussi celui qui m’aime le plus et prend soin de mon plaisir. Oui, il est un peu schizo ce patron.

Du coup je termine vendredi un peu secoué, le patron n’a pas été tendre. Mais je sens quand même comme une flamme en moi qui me rassure. 

J’ai l’impression d’être un vieux loup de mer, assis sur la digue du port. Je regarde au loin et souris face au travail accompli. Fatigué mais heureux.

Mais la réalité me revient vite samedi matin. Je ne suis pas dedans. Les efforts de la semaine se font sentir. Il faut soulever la soupape. C’est l’avantage de ma vie d’entrepreneur. Je décide. Une journée off ne peut pas faire de mal. Alors je décide de lire.

Hier soir, j’ai été transporté par une vidéo de Bob Proctor, un riche entrepreneur américain qui parlait d’un fameux bouquin que je n’avais pas encore lu : réfléchissez et devenez riche.

Alors je m’attaque à celui-là. Sur mon téléphone les lignes défilent, les paragraphes s’enchaînent, mes doigts glissent sur l’écran pour alterner entre mes notes et la lecture. 

Mais je suis interrompu par une notification. Pour un expert de l’efficience, tu vas me dire que ça fait mauvais genre. Mais non. C’est mon agenda qui me parle. La seule application qui peut toujours m’envoyer des notifications. C’est l’heure du systema.

Je m’y rends, mon sac sur l’épaule, impatient de découvrir le menu du cours. Tout commence, le coeur s’emballe, les gouttes de sueur commencent à perler sur mon front. Puis viennent les confrontations. Ou je devrais plutôt utiliser le mot “jeux”. Tout se fait avec bienveillance. On se balance des coups de poing par dizaine avec un profond respect et une attention particulière pour le partenaire.

Je ne m’étais jamais pris autant de coups de toute ma vie. Ma poitrine me donne l’impression d’un lendemain de muscu sur lequel j’aurais complètement abusé le travail des pecs.

Je rentre chez moi rincé et ravi. C’est le moment de me changer, j’enlève mon t-shirt et surprise, pas un bleu. Pas une marque. Rien. Comme si je sortais d’un simple footing, je suis un peu collant, mais sans plus. Je trouve ça génial. Mais bon il est temps d’aller à la douche.

Quand l’eau chaude se met à couler, c’est un moment de paix pour moi. Mes pensées s’emmêlent et se perdent puis se focalisent sur ma lecture que je reprends une fois sec.

Mais au ¾ du livre. J’en ai marre. C’est du re-remâché de ce que je sais et surtout fais déjà. Comme les meilleurs principes sont toujours les mêmes, il arrive un moment où on se lasse de ces livres de développement personnel.

Mais il n’est que 4 heure de l’après-midi. Il me reste encore du temps. Donc je prends un nouveau livre. J’en avale la moitié en une bouchée.

Ces lectures me donnent de la confiance. Je suis comme la semaine dernière, prêt à conquérir le monde. Mes doutes et ma fébrilité de début de semaine ne sont plus que des lointains souvenirs. C’est le yoyo de l’entrepreneur. Je crois.